Alors que les promoteurs des "biocarburants", que l’on doit plus justement nommer agrocarburants proclament qu’ils vont sauver la planète, leur choix actuel en faveur de l’éthanol et des huiles de colza vont en réalité aggraver les pollutions chimiques et ne réduiront en rien les émissions de gaz à effet de serre.
Détournement financier et politique de l’écologie
Nous avons là un exemple significatif de l’usage détourné des labels bio ou écologique en faveur de pratiques industrielles destructrices de l’environnement et socialement injustes. Cette confusion sur le sens du préfixe "bio" ou du terme "écologique" appliqué à un produit, ou à des techniques industrielles et agricoles relève d’une stratégie sémantique visant à vider de toute signification les exigences d’une politique industrielle et agricole écologiquement responsable. Il s’agit de capter l’inquiétude légitime des citoyens sur l ’évolution de notre planète au profit d’une vaste opération de marketing pour qui l’avenir de la planète est le dernier des soucis. Nous allons certainement voir ces prochains mois les gouvernements Sarkozy relayer et amplifier cette entreprise de confusion et de détournement de l’écologie politique avec une puissance médiatique inédite. De toute évidence, seule la vigilance et l’engagement de certaines associations environnementalistes et des Verts font obstacle à cette opération de marketing politique. Sans eux, tout et n’importe quoi seraient déjà, écologique et contribueraient à sauver la planète.
A chaque fois, pour ne pas se laisser abuser et tromper il faut aller voir les choses de près. Avec les agrocarburants se posent deux questions : quelles conséquences environnementales et quelles conséquences sociales impliquent leur développement ?
Les conséquences environnementales
Les carburants végétaux ne sont pas bios : ils sont issus de plantes cultivées avec toute l’artillerie lourde de l’agrochimie et des pesticides. Les surfaces dédiées au maïs et au soja sont cultivées avec une mécanisation intensive, elle même productrice de gaz à effet de serre. L’usage massif d’irrigation, de pesticides et d’engrais pollue durablement les ressources en eau. Il faut, selon les régions, de 500 à 1500 litres d’eau pour produire un kilo de maïs. Cela signifie que la production d’un litre d’éthanol à base de maïs requiert l’utilisation de 1200 à 3600 litres d’eau ! Dans les pays du Sud les agrocarburants accélèrent la déforestation, en particulier celle des forêts amazoniennes et de la foret primaire de Bornéo avec de graves conséquences pour la biodiversité et la régulation naturelle du gaz carbonique. Ces carburants végétaux obtenus grâce à des processus d’extraction industrielle très complexes ont un intérêt énergétique très limité puisque souvent ils consomment plus d’énergie pour leur production qu’ils n’en restituent. Si l’ethanol peut certainement répondre à un souci d’indépendance énergétique, il n’est en rien écologique. Les investissements très lourds qu’exige son développement bloque d’autres pistes bien plus écologiques (tels le recyclages des déchets végétaux) et surtout les agrocarburants permettent de sauver le modèle industriel basé sur l’automobile et les grands groupes pétroliers. Les biocarburants donneraient aussi un second souffle à une agriculture industrielle totalement intégrée aux multinationales de l’agrochimie, qui remplacerait ainsi les subventions européennes par des avantages fiscaux concédés aux agrocarburants. Bref, les agrocarburants n’ont pas pour but de sauver la planète mais bien de sauver les principaux pollueurs en leur permettant de polluer encore plus tout en se prétendant écologistes.
Les conséquences sociales
La mobilisation d’immenses surfaces cultivables en faveur de l’éthanol ont déjà des conséquences sociales importantes. En effet le choix du maïs ou de la canne à sucre, met en concurrence production agricole énergétique et production agricole alimentaire. Au Mexique par exemple l’augmentation sensible du prix de la farine de mais est durement ressentie par les plus pauvres. Au Brésil la culture intensive de la canne à sucre pour la production d’agrocarburants mobilise une main d’oeuvre réduite à un état de quasi esclavage. En France l’option de l’éthanol va contribuer à disloquer ce qui persiste encore de l’agriculture paysanne, bloquer pour de longues années la reconversion écologique de l’agriculture en renforçant l’inféodation d’agriculteurs qui deviendront encore plus qu’aujourd’hui de simples sous-traitants des multinationales.
Nous avons ici l’exemple d’une imposture sur les mots, "écologique" et "biologique" destinée à tromper une opinion publique formatée par la convergence d’intérêts entre financiers, médias et partis politiques français devenus subitement "écologistes" le temps d’une élection. Sans l’engagement militant du parti de l’écologie politique que sont Les Verts, il ne fait aucun doute que pourrait tranquillement s’organiser, au mépris de la planète et de notre santé, une opération industrielle très coûteuse pour l’environnement et fatale à l’émergence d’une agriculture durable.



